Le vocabulaire de l'IA
Chiffré : oui, mais à quel moment ?
Le chiffrement au repos protège les données stockées sur un disque. Le chiffrement en transit les protège pendant qu'elles circulent sur le réseau. Ni l'un ni l'autre ne les protège pendant le traitement : à ce moment-là, elles sont nécessairement en clair. C'est là que se situe la question qui intéresse un juriste.
Les trois moments
En transit, les données circulent chiffrées entre votre poste et le serveur. C'est le standard universel du web depuis longtemps, et un fournisseur qui ne le ferait pas serait disqualifié d'emblée. Le mentionner comme un argument est un signal en soi.
Au repos, les données stockées sont chiffrées sur les disques. Cela protège contre le vol physique d'un support et contre l'accès direct au stockage. C'est nécessaire et c'est également devenu banal.
Pendant le traitement, en revanche, il faut bien que la machine lise le texte pour en faire quelque chose. Le déchiffrement est donc inévitable, et c'est à cet instant que les données sont accessibles.
Ce que le mot « de bout en bout » recouvre
Le chiffrement de bout en bout signifie que seuls l'émetteur et le destinataire peuvent lire — le prestataire qui transporte le message ne le peut pas, même s'il le voulait.
Cette propriété est difficilement compatible avec le traitement par intelligence artificielle, pour une raison simple : le système doit lire pour analyser. Un fournisseur qui annonce du bout en bout sur un service d'analyse décrit soit autre chose, soit une architecture particulière qu'il faut lui faire expliquer.
Les questions qui remplacent le mot
Pendant que les données sont en clair, qui peut techniquement y accéder ? Un administrateur système, une équipe de support en cas d'incident, un opérateur de la plateforme d'hébergement ?
Combien de temps restent-elles en clair, et que subsiste-t-il après le traitement — rien, un journal, une copie de travail ?
Qui détient les clés de chiffrement ? Si c'est le fournisseur, le chiffrement au repos vous protège d'un tiers extérieur, pas du fournisseur lui-même.
Un cas concret
Vous soumettez un projet d'acte à un service d'analyse. Le fichier part de votre poste chiffré en transit, arrive sur les serveurs du fournisseur, y est déchiffré pour être lu, analysé, puis la réponse repart chiffrée vers vous.
Entre le déchiffrement et le rechiffrement, votre acte a existé en clair dans la mémoire d'une machine que vous ne contrôlez pas. C'est inévitable, c'est le fonctionnement normal, et c'est précisément la fenêtre sur laquelle porte la question de la confidentialité.
D'où l'intérêt d'une substitution des éléments identifiants avant l'envoi : ce qui se trouve en clair pendant cette fenêtre est alors une structure juridique dont on ignore qui elle concerne.
Ce que ça ne résout pas
Le chiffrement protège contre l'accès non autorisé, pas contre l'usage autorisé. Un fournisseur qui détient les clés et qui exploite légitimement vos données selon ses conditions d'utilisation n'a besoin de contourner aucun chiffrement.
Il ne protège pas davantage contre une erreur de configuration des droits d'accès, qui est la cause la plus fréquente des incidents constatés — bien avant la cryptographie défaillante.
Et il ne dit rien de la localisation : des données parfaitement chiffrées peuvent être stockées sous une juridiction qui permet à une autorité d'en exiger la remise, clés comprises.
Pourquoi ça compte pour un juriste
Parce que « vos données sont chiffrées » est la réponse type à une question sur la confidentialité, et qu'elle est exacte tout en laissant intacte la question posée.
La formulation utile est donc : à quel moment mes données sont-elles en clair, et qui peut alors y accéder ? Un fournisseur sérieux répond précisément ; un fournisseur approximatif répond en répétant le mot chiffrement.